Bruxelles, un voyage à travers le monde

Lors de notre premier brunch de l’amitié organisé le 13 octobre en partenariat avec Golden Rose, nous avons eu le plaisir d’écouter Hans Vandecandelaere qui est venu nous présenter son livre « Bruxelles: un voyage à travers le monde ». Hans Vandecandelaere nous décrit les soixante années de trajectoire migratoire de quarante nationalités différentes. Il y a environ 170 nationalités présentes sur le territoire bruxellois mais leur trajectoire et leur répartition dépendent de plusieurs facteurs. En effet, le moment où ces personnes sont arrivées à Bruxelles ainsi que les raisons qui les ont amenées chez nous vont déterminer leurs conditions de vie et leur avenir. Pour comprendre ces soixante années de migrations, voici un petit bout d’histoire: En 1946, un accord est signé avec l’Italie. Des milliers d’Italiens débarquent alors chaque semaine en Belgique après trois jours de trajet en train. En 1956, la catastrophe de Marcinelle, qui fit 260 morts, dont la moitié d’Italiens, va tout bouleverser. La Belgique refuse de remédier aux problèmes tels que les conditions de travail, de vie. Elle préfère alors signer des accords avec d’autres pays dont la Grèce en 56, le Maroc et la Turquie en 64, etc. A l’époque, on voit apparaître le phénomène de la migration touristique. Les ouvriers, sans papiers, arrivent chez nous et seront régularisés par les employeurs. Le paysage industriel de Bruxelles représente alors 12% de l’industrie nationale jusqu’en 75. La ville s’agrandit, les plus favorisés quittent leur lieu de résidence pour s’établir dans des zones plus riches. Les expatriés, migrants hautement qualifiés, désertent le centre pour s’installer au sud de Bruxelles. Les immeubles bruxellois se vident, le prix des loyers chute, ce qui attire plus de migrants défavorisés. C’est un cercle vicieux. Apparaît sur la carte « le croissant pauvre » de Bruxelles. Zone s’étendant de l’ouest au nord de la ville. En moins de 20 ans, le taux de migrants quadrupla, ce qui fut un défi pour la ville. Les années 80 marquent la naissance des premiers discours politiques racistes, même chez les socialistes, dont le bourgmestre schaerbeekois Nols, qui ira jusqu’à porter une djellaba et se rendre en chameau à la commune! Les seuls étrangers bien accueillis et même rappelés furent les Congolais, rappelés pour étudier. Ensuite, l’immigration se diversifia avec par exemple les premiers réfugiés politiques venus d’ex pays communistes, ou encore, les premiers restaurants chinois. En 1989 déjà, les premiers discours sur le voile apparaissent. Selon l’auteur, l’islam est déjà stigmatisée. Aujourd’hui, il reste quatre portes légales pour les migrants. La plus importante reste celle des études. Viennent ensuite le regroupement familial, les migrations professionnelles légales dont plus de 90% des personnes concernées sont hautement qualifiées, et enfin, l’asile. Cependant, particulièrement depuis les années 90, la migration clandestine est très importante. On compte environ 100 000 clandestins à Bruxelles. Selon l’auteur, les industries ont besoin de travail au noir pour survivre, donc de clandestins. On peut observer un effet positif pour les populations naturalisées; de plus en plus sont des élus politiques. Les expatriés ne s’impliquent par contre pas du tout politiquement. Parmi les étrangers présents sur le sol bruxellois, les plus nombreux sont les Français. Quant aux populations naturalisées, les plus nombreux sont d’abord les Marocains, viennent ensuite les Français, les Italiens, les Turcs et les Espagnols. Des sous-univers, des sous-cultures se forment également. Cela dépendra de l’origine, du lieu de résidence, de la religion. Un certain transnationalisme politique est présent également. Il n’est pas rare de voir des manifestants Syriens ou Congolais. Mais le paysage très diversifié de Bruxelles donne naissance à de formidables projets et brassages ethniques, dont la Zinneke Parade, citée par l’auteur; résultat artistique de soixante années d’immigration.